Article Officiel Hommes

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Avec Pocket Symphony, Air poursuit sa conquête des grands espaces et s’offre une collaboration avec l’artiste contemporain Xavier Veilhan. De nouveaux territoires, un vent de liberté et un goût pour la démesure enfin maîtrisé.

Depuis leurs premières incursions dans le paysage musical, Nicolas Godin et JB Dunckel ont imposé une force tranquille, un entêtement à déjouer l’espace et le temps, les figures imposées, pour établir un ordre musical au modernisme organique. Air a toujours mis sa musique à l’épreuve du temps, exercice nécessairement contraire aux grands courants de l’époque du tout-consommable. En poursuivant un équilibre parfait entre classicisme et avant-garde, Air a pourvu sa musique d’un système immunitaire contre le rétrécissement du temps et des distances, des coups et des modes. Une anomalie, un paradoxe en somme, parfaitement appliqué dans sa démarche de contre-pouvoir, avec une détermination sans faille. Après avoir fait voler en éclat les codes, bouger les lignes de fronts des musiques contemporaines, Air s’est offert le luxe de regarder les territoires vierges, les terres ou les instruments se font à nouveau la cour, ou les tempos s’étirent, les arrangements s’envolent. Une trajectoire à contre-courant.
Alors, quand ils s’attellent à l’écriture de leur quatrième album, la réputation de Air est déjà toute faite, pliée, polie par le temps et les succès, confirmée par les regards parfois perplexes, toujours envieux du monde entier. Guidés par la même exigeance, JB Dunckel et Nicolas Godin participent aux projets les plus variés pour satisfaire un besoin permanent de composer, de jouer, de ‘performer’. L’album de Charlotte Gainsbourg donne la mesure de la confiance acquise, mise au service d’une interprète cherchant depuis longtemps l’accord parfait.
Pocket Symphony arrive à point nommé pour enfoncer le clou, multiplier les risques au moment ou les autres se barricadent, campent sur leurs positions. Un disque de voltige, de légèreté et de temps retrouvé pour un duo en pleine cure de jouvence. Des titres aux noms évocateurs ‘space maker’, ‘mer du japon’ ou ‘somewhere between walking and sleeping’ pour une symphonie moderne et désinhibée.

Depuis longtemps qu’ils se tournaient autour (rencontre autour d’un projet de clip pour 10,000 Hertz Legend) Air et Xavier Veilhan ont attendu patiemment le moment pour donner corps à une collaboration, elle aussi hors norme. L’artiste s’est depuis longtemps construit un monde parallèle, une oeuvre évolutive où – la aussi – le classicisme se frotte à la modernité pour créer des moments de remise en cause de la matiere et du temps, de questionnement des frontières établies, de la perception du monde qui nous entoure. Plus qu’un mariage de raison, la rencontre s’est nourrie des risques encourus, des enjeux et des éceuils à eviter. Xavier Veilhan avait déjà commencé à travailler sur une série de statues de personnages, artistes et personnalites contemporains quand Pocket Symphony a vu le jour. Immortaliser les corps et les visages pour mieux leur faire traverser le temps et les distances, figer les artistes dans l’instant, pour mieux les saisir.
Cette rencontre rare donnera naissance au projet Aérolite, qui aura lieu au Centre Pompidou. Une performance sous forme de conversation à trois, où Xavier Veilhan, JB Dunckel et Nicolas Godin s’appliqueront à bousculer les proportions, musiques et materiaux. Il y sera question, évidemment, de mouvement, d’apesanteur, de ‘moment futuriste’ et de météorite.
Un choc des cultures et un combat éphémère contre le temps qui passe et les oeuvres qui restent.

Pocket Symphony (EMI), sortie le 5 mars 2007
Aérolite, un spectacle de Xavier Veilhan composé et interprété par JB Dunckel et Nicolas Godin, avec la collaboration de Alexis Bertrand et produit par l’Agence Eva Albarran et Nathalie Viot.
À l’occasion de l’exposition « Airs de Paris » présentée au Centre Pompidou du 25 avril au 20 août 2007.